STOP Hommes Battus France

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AVIS PROFESSIONNEL - psychothérapeute Elodie CINGAL

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http://leplus.nouvelobs.com/contribution/2178-les-hommes-battus-ca-existe-aussi-si-on-s-occupait-d-eux.html

 

C'est une idée reçue : les hommes sont les plus forts. Un coup est violent, qu'il vienne d'un homme, ou d'une femme

 

Un petit garçon de 5 ans m'a raconté un jour : "mon beau-père m’a dit que les garçons sont plus forts que les filles et quand les filles tapent, ça ne fait pas mal". Une petite phrase anodine qui semble sans conséquence. Après tout, c’est vrai, les filles sont, de manière générale, moins fortes et lorsqu’elles frappent, le coup peut être moins préjudiciable que s’il provient d’un homme.

 

Pourtant, je me suis insurgée car même si les coups viennent d’une femme, ils font mal.

 

Un coup est un coup et il ne devrait jamais être porté. J’ai alors du expliquer au petit qu’un coup fait mal même si cela provient d’une fille. Mais, à ma grande surprise, du haut de ses 5 ans, le garçonnet refusait d’entendre mon discours. C’était déjà bien ancré dans sa tête. J’ai du faire une chose pas très jolie, demander à sa sœur de lui porter un coup, un vrai coup (j’ai bien expliqué le contexte, que ce n’était pas bien, que nous étions dans un cadre expérimental…etc).

 

La petite a donc donné un coup à son frère, un coup de poing sur le bras du garçon. Il s'est exclamé "aïe !" (ouf !) et a admis qu’un coup, qu’il vienne d’une fille ou d’un garçon, fait mal.

Ils ont tous les deux compris que la violence n’a pas de sexe… Mais, je sais bien que je vais devoir revenir sur le sujet pour m’assurer que les représentations sociales, les discours, les médias, les habitudes n’auront pas mis à mal cette question.

 

Depuis quelques décennies, nous voyons des campagnes de prévention ou de lutte contre les violences faites aux femmes. Ces campagnes sont essentielles et permettent d’aider, voire de sauver quantité de femmes et d’enfants.

Mais ces campagnes ont malheureusement un effet pervers, celui de stigmatiser l’homme. Il est alors représenté comme le mal, le pervers, le tueur, celui qui doit "prendre, pénétrer, dominer et s’affirmer, si nécessaire par la force", selon la formule d'Elisabeth Badinter.

Alors, lorsqu’un homme est victime de violence conjugale, psychologique et/ou physique, on ne le croit pas. Comment croire que cet homme de 90 kg se laisse battre par cette petite crevette de 45kg ? Les femmes sont si fragiles, si bonnes. Ce sont des mères. Elles ne peuvent pas être mauvaises. Après tout, on leur a confié nos enfants pendant des millénaires.

 

Pourquoi sexualiser la violence ? Pourquoi la réduire à un type ? La violence est partout, pratiquée par des hommes, des femmes et mêmes des enfants.

 

Selon l'Observatoire national de la délinquance (OND), en 2008, 110 000 hommes ont été victimes de violences physiques de la part de leur conjointe. 27 hommes sont morts directement des coups de leur femme ou des suites de ces coups. C’est un meurtre tous les 13 jours.

Parce que c’est plus de quatre fois moins fréquent que chez les femmes (tous les trois jours), et parce que les hommes sont stigmatisés comme les uniques auteurs de violences, les 110 000 hommes victimes de violences conjugales et les 27 morts en 2008 sont ignorés.

 

110 000 hommes victimes de violence conjugale. Ce chiffre est-il réel ? Seuls 5% des hommes battus osent porter plainte. Que font les 95% qui restent ? Que font ceux qui ne subissent que de la violence psychologique, violence plus typiquement féminine. Alors même que nous savons qu’un homme victime de violence physique de la part de sa femme n’ose pas porter plainte, n’ose pas en parler à son entourage, un homme victime de violence psychologique, peut-il parler ?

Un de mes patients s’est fait agresser par sa femme avec un objet coupant. Il a eu plus de 40 points de suture. Alors même qu’il était dans l’ambulance, un policier lui a demandé de ne pas porter plainte car sa femme pleurait et avait compris sa bêtise.

J’ai un autre patient qui a poussé sa femme pour la sortir de la pièce pour ne plus se faire hurler dessus. Cela faisait 20 ans que son épouse le maltraitait physiquement et psychologiquement. L’avoir poussé est son seul et unique fait de violence envers sa femme (reconnu par celle-ci). Elle a porté plainte pour son dossier de divorce. La police n’a pas hésité à le mettre en garde à vue. La police, elle-même, filtre les dépôts de plainte ou de main courante car les formations ne concernent que les femmes victimes de violence, mais pas les hommes.

Nous, personnes lambda, la police et la justice, sommes tous pris dans cette idée que la femme est fragile et l’homme le mauvais. Or, tel que le dit Michèle Agrapart-Delmas "les femmes sont certes moins impliquées que les hommes dans les activités criminelles, mais leurs actes ne sont pas moins pervers ou destructeurs que ceux des hommes et ils sont statistiquement plus souvent prémédités" (1).

Alors, n’est-il pas temps que nous nous questionnions sur nos habitudes de pensée ? Nous pouvons envisager que contrairement à nos croyances, la condition des hommes n’est pas toujours enviable. Il me semble important en matière de violence de penser victime et auteur de violence et non pas homme ou femme.

Il s’agit ici de s’émanciper de ses représentations de la violence, de l’opposition des femmes contre les hommes, et réciproquement, pour aller au fond du problème, la cessation de la violence conjugale et de toutes les autres.



22/04/2020
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