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Les hommes trinquent aussi…

Par  - Olivia Marsaud
Mis à jour le 2 février 2004 à 00:00
 

Au sein du couple africain, la femme n’est plus la seule victime des coups portés au conjoint. Dans des cas encore minoritaires, c’est elle qui frappe.

Coups et blessures. Depuis quatre mois, le Kenya découvre que la violence conjugale ne touche pas que les femmes. Presque chaque semaine, des hommes battus prennent la parole dans les journaux pour expliquer leur calvaire : « J’ai souffert pendant cinq ans. Et, en janvier dernier, alors que j’étais couché, ma femme est entrée dans la chambre et m’a donné un coup sur la bouche avec une barre métallique. Je ne sais pas pourquoi elle a fait ça. Je ne veux plus la voir », explique John Irungu, de Nairobi, dans le quotidien The Nation. « Cette fois, elle m’a frappé et m’a laissé pour mort », avoue Georges Angwenyi, de Nairobi, dans le même quotidien. « Ma femme m’a frappé et chassé de notre maison après m’avoir accusé d’infidélité », indique Christopher Gengasee, pasteur de l’Église évangélique de Nakuru, à 160 km de Nairobi, dans The East African Standard.
La liste s’allonge de jour en jour depuis que Georges Angwenyi, 45 ans, est allé frapper à la porte de la Fédération internationale des femmes juristes du pays (Fida-Kenya) et a tout avoué à la presse. Cette association, qui traite près de 5 000 cas de femmes battues par an, a écouté Georges : « J’ai subi dix années de violences physiques de la part de ma femme. J’ai décidé de tout raconter parce que je ne peux plus supporter cette souffrance. » Selon Daniel Mbekar, le président de l’association Men for Gender Equality Change Now, la maltraitance des hommes est en hausse au Kenya, notamment dans les zones urbaines. Pourquoi ? « Lorsque le mari est au chômage et que la femme travaille, celle-ci est plus fatiguée, plus angoissée et passe ses nerfs sur son mari. Lorsque les femmes sont éduquées, elles réclament l’égalité au sein du couple et souhaitent que le mari les aide dans des tâches ménagères. Devant un refus, elles s’énervent. » L’association affirme dénombrer au moins cinq hommes battus par semaine à Nairobi et organise des ateliers à travers le pays pour encourager les hommes à parler de leurs problèmes. « Rester muet n’arrangera rien », explique Daniel Mbekar.
Malgré tout, cet épanchement médiatique ne doit pas faire oublier que la violence domestique, au Kenya comme ailleurs, touche en priorité les femmes et les enfants. La Coalition contre la violence faite aux femmes (Cowas), à Nairobi, n’a traité que trois cas de violence contre les hommes en 2003 alors qu’elle reçoit en moyenne sept femmes par jour. « Que les médias en parlent est une bonne chose, mais cela ne veut pas dire que le phénomène est important ou qu’il est en augmentation. Les cas les plus graves concernent encore les femmes. Le problème, c’est que lorsque la violence s’exerce contre un homme, l’épouse est très rapidement jugée et condamnée, parfois jusqu’à un an de prison. Quand un homme frappe, ça paraît plus banal et il s’en sort mieux », regrette l’une des membres de Cowas.
Malgré tout, les hommes kényans, en osant évoquer ce problème intime, ont réussi à briser un tabou de la société. Ce qui n’est pas le cas dans tous les pays africains. Le sujet est ignoré, voire nié. Comme au Sénégal : « Nous n’avons encore jamais eu affaire à un cas de violence conjugale exercée sur un homme, pourtant nous savons que cela existe », explique la Fédération des Associations féminines du Sénégal. « Ici, les femmes ne battent pas leur mari au sens propre, mais peuvent les maltraiter. L’agression est surtout verbale et peut être accompagnée de jets de projectiles. »
En Égypte, le sujet commence à émerger dans la presse. « Ce n’est pas encore un phénomène très important, assure Chahinaz Gheith, de l’hebdomadaire Al-Ahram. Je l’ai évoqué dans un article, mais les Égyptiens ne peuvent pas croire qu’il existe des hommes battus dans le pays ! Le prestige masculin serait bien trop ébranlé. Ils préfèrent penser que cela n’existe pas. » Pourtant, la journaliste a elle-même rencontré plusieurs couples dans cette situation, et une étude récente du Centre national de recherches sociales et criminelles du Caire, intitulée « La vie conjugale », met en lumière le phénomène. Ahmad al-Magdoub, le sociologue qui a mené la recherche, est formel : la violence conjugale contre les hommes existe dans le pays même si elle s’exerce de façon beaucoup plus fréquente sur les femmes. Les hommes battus appartiennent aux couches sociales aussi bien aisées que populaires. Chez les riches, la femme que son mari a épousée pour son argent jouera de son pouvoir, maltraitera et humiliera son conjoint. Chez les pauvres, c’est lorsque le mari n’arrive plus à subvenir aux besoins de la famille que la femme peut devenir tyrannique. Car alors, les rôles traditionnels sont intervertis : l’homme reste à la maison alors que son épouse travaille à l’extérieur. Peut-être faudrait-il donc que la Journée mondiale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, qui a lieu tous les ans le 25 novembre, prenne désormais les hommes en compte.

 
 

 

 



05/02/2022
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