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Pourquoi est il si difficile de partir pour une femme comme un homme ?

 

Violences conjugales : pourquoi est-il si difficile de partir ?

« J’allais au travail avec des bleus, des fractures, côtes cassées, clavicule… » Face à une telle violence, pourquoi Julie est-elle restée quatre années avec un mari qui la battait ? Pourquoi les femmes qui subissent des agressions de leur conjoint ne partent-elles pas dès la première gifle ? Au-delà des raisons sociales ou économiques, les victimes d’hommes violents et manipulateurs sont bien souvent dans une situation d’emprise aux ressorts psychologiques puissants, qui rendent tout départ extrêmement difficile. 

Par Mathieu Blard - Mis à jour le 6 Février 2018 à 16:39
Violences conjugales : pourquoi est-il si difficile de partir ?
 
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Julie a 19 ans quand elle rencontre son mari. Au début, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. L’homme est très doux, tendre, attentionné… « Le prince charmant » affirme la jeune femme. Très vite, les amoureux s’installent ensemble, puis, au bout de six ans, un petit garçon naît. Dès lors, le conjoint de Julie change du tout au tout. « Ce n’était plus la même personne, il a montré son vrai visage ». Les injures commencent. « Si j’oubliais d’acheter de l’eau, il me disait "t’es qu’une pute !" » Aux insultes succèdent les passages à tabac, de plus en plus violents : « J’avais des bleus, des fractures, côtes cassées, clavicules… » Pendant quatre ans, Julie subit ce compagnon qui la bat, jusqu’à une agression d’une extrême violence : « Un jour, j’ai failli y passer. Il m’a frappé le crâne contre le sol. Je me suis dit, ça va trop loin ». Employée de mairie, elle est convoquée par la maire en personne qui l’oblige à passer en mi-temps thérapeutique, et la pousse vers les associations. 

 

Quand l’emprise s’installe

Pourquoi Julie, comme tant d’autres victimes, a-t-elle mis si longtemps à quitter cet homme dangereux ? « Je lui trouvais des excuses, raconte-t-elle, je me disais qu’il avait un passé difficile, qu’il avait été maltraité par son père. Je ne pouvais pas l’abandonner, il était le père de mes enfants. C’est horrible parce que c’était moi qui souffrais, mais je pensais plus à son bien-être qu’à moi-même. ». Son histoire est symptomatique de l’installation progressive d’une relation d’emprise.« Les premières violences ne sont jamais physiques, explique Marie-France Hirigoyen, psychiatre. L’agresseur commence par des attaques, des disqualifications, qui minent la confiance en soi de la victime. Il lui répète qu’elle est incapable, la rabaisse, jusqu’à ce qu’elle finisse par le croire. Les mécanismes d’emprise dans le couple sont comparables à ceux à l’œuvre dans une secte ». Un véritable travail de sape, parfois de longue haleine. Quand arrivent les coups, la victime trouve presque cela « normal ». 

Très vite, la violence s’aggrave et s’installe tout à fait dans le quotidien. La tension devient alors permanente. « Je savais ce que je devais faire et ne pas faire. Il fallait que son café soit sur la table, avec son sucre, le matin. Je faisais très attention à ne pas le perturber, mais il y avait toujours quelque chose qui le faisait exploser ». Une situation dans laquelle, quoiqu’il arrive, le conjoint trouve une raison de se mettre en colère et de passer à l’acte violent. Les victimes, qui se mettent en quatre pour s’adapter, finissent alors par baisser les bras. « Quand des agressions sont imprévisibles et incontrôlables et qu’il n’y a aucun moyen d’agir pour éviter les coups, au bout d’un moment, on abandonne. Cela explique que des femmes refusent parfois des solutions « clés en main », pour les aider. C’est le principe de l’impuissance acquise », déplore Marie-France Hirigoyen. A force de ne rien pouvoir faire pour modifier cette situation, la victime la subit. 

 

« Je n’ose pas franchir le pas »

Nora*, 45 ans, enchaîne les cigarettes. Ses phrases sont hachées, elle s’interrompt souvent, multiplie les gestes nerveux. Elle minimise son histoire. Ce témoignage lui coûte bien plus qu’elle ne l’avait anticipé, et les larmes viennent finalement abîmer son maquillage impeccable. Pendant quinze ans, elle s’est entendu dire, par son compagnon, un médecin de 19 ans son aîné, avec qui elle a eu deux filles qui ont aujourd’hui 11 et 8 ans : « Tu ne comprends rien, tu es nulle, tu es dépensière ». Elle ne souhaite pas parler de "violences conjugales", malgré les rabaissements quotidiens. Elle préfère le terme d’emprise. « Il ne m’a jamais frappée, mais m’a forcée à faire l’amour pendant quinze ans. Je ne voyais pas ces rapports non consentis dans mon couple comme du viol. J’ai été violée en voyage à Abidjan, plus jeune, ce n’était pas ça que je vivais avec mon compagnon. Lui, je lui "devais" du sexe, jusqu’à ce que je tombe sur un spot télé diffusé il y a quelques années. J’ai alors compris ce qu’était le viol conjugal. La fille, c’était vraiment moi ». Pourtant, aujourd’hui, malgré deux nouveaux viols en janvier dernier, elle est obligée de vivre sous le même toit que cet homme dont elle a peur et avec qui elle est pacsée. Elle fait chambre à part, avec un verrou à sa porte pour éviter une nouvelle agression sexuelle. « Je me bats, j’ai pris un avocat mais je n’ai plus de quoi le payer, j’ai contacté une assistante sociale. Je vais saisir le juge des affaires familiales. J’entame les procédures juridiques. Mon psy me conseille aussi de porter plainte, mais je n’ose pas franchir le pas, cela me fait très peur… Je ne peux pas me tourner vers les associations, je ne veux pas imposer à mes filles un hébergement précaire ». 

S’anesthésier pour survivre

D’après une grande étude internationale réalisée en Asie pour The Lancet, prestigieuse revue scientifique britannique, avoir subi des violences physiques sexuelles dans l’enfance multiplie par 16 le risque de subir des violences conjugales. Dans un ouvrage coup de poing**, Francis Curtet, psychiatre, recueille le témoignage de Lola, violée, battue, torturée pendant plus de vingt ans par un homme qui a été jusqu’à tuer l’un de ses propres enfants d’un coup dans son ventre alors qu’elle était enceinte. Au-delà de l’horreur, le passé de Lola explique en partie qu’elle n’ait pas fui face à cet homme. Durant son enfance, elle a été violée des années par un ami de la famille avec la complicité de son propre père. « Elle était victime d’anéantissement psychique, décrypte Francis Curtet. Dès l’enfance, elle était considérée comme un objet et non comme un sujet actif dans la vie. Elle devenait donc une proie idéale pour quelqu’un qui souhaitait l’utiliser à son profit ». Ces personnes vont plus aisément vers des compagnons violents qui les mettent sous emprise, car c’est le mode de relation qu’elles ont toujours connu. Mais comment expliquer que Lola ait réussi à endurer de telles tortures sans réaction ? « Face à un danger trop important, certaines victimes entrent en état de dissociation traumatique, explique Muriel Salmona, également psychiatre et présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie. C’est une forme de sidération. Le cerveau, pour se protéger, va faire disjoncter la réaction émotionnelle. En résulte une forme d’anesthésie, les victimes ressentent un sentiment d’étrangeté, ont l’impression d’être à distance de l’évènement. Cette disjonction en modifie également le souvenir ». La personne dissociée peut alors penser à l’évènement sans réagir. Plus elle reste confrontée à l’agresseur, plus cette dissociation s’aggrave. C’est ce que raconte Julie : « J’étais comme anesthésiée, je ne ressentais plus rien. Je sentais les coups, mais j’avais l’impression d’être morte, que j’étais dans une bulle. Quand je parlais au psy, je ne pouvais même plus pleurer. Je n’avais plus d’émotions ». 

Inverser la culpabilité

Lorsque l’emprise s’installe, l’homme violent fonctionne selon des cycles, qui mettent la victime dans une situation d’angoisse permanente. La tension est quotidienne, puis on observe des passages à l’acte, les crachats, les coups, les agressions sexuelles… S’ensuivent des tentatives d’inversion de la culpabilité, voire de négation des faits.« Dès lors que la victime s’en rend compte, le violenteur va intenter un véritable travail de sape de sa perception, de son ressenti de la situation », décrypte Saverio Tomasella, psychanalyste. Ce travail rend la victime coupable de l’état dans lequel elle a mis son agresseur. Elle est alors convaincue d’avoir mal agi. Comment, dès lors, se plaindre d’une violence qu’on est persuadé d’avoir provoquée ? Suivent, enfin, des moments dits de rémission, que l’on appelle aussi « lune de miel ». Le conjoint violent promet qu’il va changer, voire se montre suppliant. « Il me disait : "je ne vais pas recommencer, mais s’il te plaît, essaye de faire attention, tu es toujours fatiguée, tu n’es plus femme, tu n’es que maman, tu oublies tout“ », se rappelle Julie. « Ces cycles rendent très difficile la prise en charge, raconte Mathilde Delespine, sage-femme à la maison des femmes de Saint-Denis, une association qui prend en charge les victimes de violences conjugales. Des personnes viennent nous voir à la suite d’une agression, puis retirent leur plainte le lendemain, après avoir cédé aux supplications de leur mari ». Pour sauver ces femmes, une seule solution : les éloigner durablement de la personne à l’origine de l’emprise. « Au risque, parfois, de voir leur état se dégrader, car lorsque la dissociation traumatique s’estompe, elles sont reconnectées à leurs émotions et prennent souvent de plein fouet la violence de ce qu’elles ont subi », ajoute Muriel Salmona. Il est alors fréquent qu’elles retournent avec l’agresseur, pour retrouver une relative anesthésie émotionnelle.

 

*Prénom modifié

 
 
 

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17/05/2019
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