ARTICLE de Le Point : À quoi sert la journée internationale de l'homme ?
Les hommes sont eux aussi victimes d'inégalités, de discriminations et de préjugés. Cette journée du 19 novembre vient nous le rappeler.
En matière d'égalité des sexes, on sait que les femmes ne sont en général pas les mieux loties, loin de là. Mais en 1999, lorsque le professeur Jerome Teelucksingh, enseignant l'histoire des Caraïbes à Trinité-et-Tobago, a l'idée de mettre en avant, une journée par an, les problèmes spécifiques à la gent masculine, il ne pensait pas qu'elle s'étendrait aujourd'hui dans plus de 60 pays. Célébrée chaque 19 novembre, l'initiative peut surprendre, tant la grille de lecture de la "domination masculine" fait autorité dans encore bien des domaines. Mais c'est justement cette vision traditionnelle de l'homme que les promoteurs de cette journée veulent remettre en cause. Comment ? En proposant des modèles de masculinité "positifs", afin de réinventer les relations entre les genres dans un souci d'égalité, dans les deux sens. En France, à part quelques associations, on ne peut pas dire que la journée mobilise particulièrement les esprits.
Pourtant, le "sexe fort" a ses faiblesses, hommes et garçons sont en effet à la peine dans au moins trois domaines-clés.
1. Le suicide, un fléau d'abord masculin
En 2010, sur 10 334 suicides, 7 606 concernaient des hommes, selon des chiffres de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale. C'est trois plus que ceux qui concernent les femmes (2 728). Un constat d'autant plus dramatique que la majorité des suicides peuvent être prévenus selon les spécialistes. Le refus de reconnaître dans un premier temps les symptômes d'un mal-être, puis d'accéder à des démarches de soins, sont deux raisons souvent avancées pour expliquer cet écart plus que significatif.
Les hommes sont également sujets à une espérance de vie plus courte. Les raisons purement biologiques ne sont pas les seules en cause, en témoignent les chiffres précédemment cités.
2. Divorce : les pères, grands négligés de la justice ?
Peut-être n'en parle-t-on pas assez, peut-être parce que l'on trouve cela "normal". Pourtant, dans les trois quarts des cas qui suivent un divorce, les juges confient d'abord aux mères la résidence principale des enfants. "La tendance à considérer que l'enfant doit rester auprès des femmes fait partie des habitudes de pensée, non seulement de l'institution, mais aussi des pères eux-mêmes !" plaide Gérard Révérend, président de l'association Les papas=les mamans. "On est là dans le rôle de la cellule familiale hyper différenciée, telle qu'on la connaît depuis Vichy. Les hommes peuvent aller jusqu'à demander la résidence alternée, mais pour beaucoup d'entre eux, la garde principale, cela reste inconcevable." En 2009, seuls 8 % des pères divorcés se voyaient confier la résidence principale de leurs enfants.
3. Les garçons moins diplômés que les filles
On connaît les problèmes qu'ont les filles à percer dans les filières scientifiques ou sélectives - elles sont moins nombreuses en doctorat par exemple -, et ce alors qu'elles réussissent mieux que les garçons à l'école !
Mais ces derniers font aussi face à des difficultés qui leur sont propres, à commencer par la lecture, non moins déterminante que les mathématiques dans l'accès à un diplôme. Au collège par exemple, quand 34 % des filles expriment des difficultés à lire, les garçons sont 42 %. Puis, quand celles-ci sont 74 % à décrocher un diplôme équivalent ou supérieur au bac, ils ne sont que 59 % dans ce cas (enquête "Filles et garçons, sur le chemin de l'égalité, de l'école à l'enseignement supérieur", 2012)
Lire notre enquête sur l'illettrisme chez les garçons
Sur son site internet, le ministère de l'Éducation nationale souligneque "filles et garçons continuent à se conformer à ce qui est reconnu comme leur domaine respectif de compétence dans les schémas socioprofessionnels. La persistance des choix sexués est autant le fait des garçons que des filles : ils anticipent des rôles adultes en fonction de représentations stéréotypées". Donc, pour caricaturer, aux filles la littérature, et peu importe la mixité dans le monde des ingénieurs. Aux garçons, les sciences dures, qui délaissent par là même les métiers de la santé et du social. Et de perpétuer ainsi les stéréotypes de genre.
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