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David devient un punching ball

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David, 32 ans, marié, battu par sa femme. Témoignage.

VIOLENCE DOMESTIQUE. Selon de récentes statistiques, un cas de violence domestique sur dix touche des hommes. David*, Valaisan trentenaire, a subi les coups et les insultes de sa femme. Il raconte.

Un "punching-ball". Voilà en quoi il s’est transformé durant six mois, encaissant les gifles, avalant les insultes. David* n’a pourtant pas l’air fragile lorsqu’il parle, les bras haut croisés sur la poitrine, avec son embonpoint en dessous. Il semble bien présent, pas faible pour deux sous. Seulement voilà. Celui qui cognait, c’était une femme. Sa femme. Sa seule fierté, c’est de ne jamais avoir rendu les coups.

David a 32 ans, et un job comme assistant social. Dans les journaux, il lit des articles sur les femmes battues, souvent. "Bien sûr, il y a moins d’hommes que de femmes qui sont victimes de coups", admet ce musicien amateur. Selon de récentes statistiques effectuées en Suisse alémanique, seul un cas de violence domestique sur dix concerne des messieurs.

 

"T’as qu’à lui foutre une trempe"

 

Seulement voilà. "Pour nous, on fait comme si ça n’existait pas", soupire David. Pourquoi ? Parce qu’un homme, qui plus est un Valaisan "pure souche", ça ne se laisse pas faire comme ça.

 

"T’as qu’à lui foutre une bonne trempe", lui répondaient ses amis au début. Pour David, c’était exclu. "J’ai fait une fois mal pour faire mal lorsque j’étais adolescent et que je jouais au hockey. Je me suis promis de ne jamais recommencer."

 

En décembre 2005, celle qui est désormais son ex-femme était condamnée pour voies de fait avec injures. Une amende de 400 francs et un délai d’épreuve de deux ans. C’est peu, oui. Mais David n’ira pas plus loin. "Porter plainte, c’était une question d’honneur. Mais je ne ferai pas recours.

 

J’avais juste besoin qu’elle reconnaisse ce qu’elle a fait." Pourtant, l’amertume est toujours là. "J’ai une connaissance qui a pris trois ans ferme pour avoir giflé son épouse. Vous trouvez ça juste, en comparaison ? On parle toujours de l’égalité et des droits des femmes, mais on ne pense jamais à ce qui se passe de l’autre côté."

 

Assis dans son petit studio meublé à bon marché, David raconte, d’une voix étranglée par l’émotion, comment, certains soirs, il n’osait même plus rentrer à la maison. "Je pouvais me faire frapper parce que je posais les biscuits ici au lieu de les mettre là", explique-t-il en déplaçant sur la table un bol de petits beurres au chocolat.

 

Pieds, poings et guitare sèche

 

Coups de pieds, de poings, de guitare sèche sur le dos. Injures, plus blessantes parfois que les gifles. "Elle m’a même cogné devant ses enfants. C’est ça le plus dur. Avoir été vu dans ces moments-là." Afin de calmer sa rage et son humiliation, David tapait contre un mur, brisait une fenêtre. "Le risque, pour l’homme, c’est de frapper à son tour. Et que vaut sa parole face à celle de sa femme en cas de conflit conjugal ?"

 

De son côté, son ex-épouse reconnaît avoir frappé et insulté. Elle précise dans le jugement qu’elle traversait alors une période difficile et qu’elle a agi ainsi "du fait que son mari la rabaissait sans cesse et ne l’écoutait pas."

 

"Ça va changer". Voilà ce que David se répétait dans les premiers temps. A l’époque, c’était "motus et bouche cousue" sur ce qui se passait à la maison. Ce n’est qu’après avoir été mis à la porte de chez lui qu’il a commencé à parler. "Au début, personne ne me croyait, sauf ma mère. A la Lavi (ndlr : centres de la Loi sur l’aide aux victimes) et dans les bureaux de l’égalité, il n’y a que des femmes qui s’adressent aux femmes, je ne me voyais pas y aller. Même le policier devant qui j’ai fait ma déposition m’a regardé d’un air éberlué."

L’homme vit seul désormais, entouré de ses guitares et de ses CD. Retrouver quelqu’un ? Oui, mais..."Je reste obsédé par la crainte de mal faire, et par ce qui peut en découler. Si je me remets en couple, est-ce que tout ça va recommencer ?"

 

* Prénom d’emprunt

Camille Kraft

 

Le Matin on line, Genève, 8 janvier 2007

http://www.lematin.ch/nwmatinhome/nwmatinheadactu/actu_suisse/david,_32_ans,_marie,.html

(lien caduc)



17/05/2019
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