STOP hommes battus 06 81 92 14 58

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Hommes maltraités: les assos anti-féministes en embuscade

 

Par Fanta Kébé (texte) et Moulaye Diarra (photos)

 
 

Les violences conjugales subies par les hommes sont peu visibles et mal prises en charge.
Sur le net, des groupes de soutien prêtent une oreille attentive aux victimes et se montrent très virulents, au risque de perdre tout crédit.

 
 
 

Il est 14h, comme tous les après-midis depuis qu’il a pris sa retraite, Jean-Michel L.B. s’installe devant sa télé. Après de longues minutes à zapper, il s’arrête sur le programme « Ça commence aujourd’hui », diffusé sur France 2. Spectateur occasionnel de l’émission, il apprécie la diversité des sujets traités. Le sujet du jour porte sur les hommes battus. Calé dans son fauteuil, Jean-Michel écoute les témoignages des victimes. Lui aussi a été victime de violences psychologiques de la part de son ex-compagne.

A la fin du programme, France 2 diffuse les coordonnées de l’association Stop hommes battus et celles de son président, Pascal Combes. Le lendemain, Jean-Michel l’appelle et lui propose de devenir bénévole au sein de son association. « Il m’a demandé si j’étais motivé, je lui ai répondu oui et c’est parti », raconte-t-il.

 

Selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), 72% des femmes sont victimes de violences conjugales, les hommes aussi sont concernés, à hauteur de 28%. Une partie moins visible de l’iceberg, mais importante. Le manque de structures adaptées conduit certains de ces hommes maltraités à rechercher de l’aide sur internet. Dans les premiers résultats de Google, un lien s’affiche: Stop hommes battus, une association qui dit « écouter, accompagner les hommes victimes de violences conjugales. »

Depuis son arrivée dans l’association il y a deux ans, Jean-Michel n’a bénéficié d’aucune formation. Il travaille en totale autonomie. « Les victimes m’appellent sur mon téléphone personnel. Je les écoute, leur donne des conseils sur la manière d’établir une attestation de témoignage et les oriente vers des avocats et des psychologues. » Des bénévoles comme lui, Stop hommes battus en compte une cinquantaine en France.

 

 
 

"Sexisme anti-hommes"

 

"Les femmes ne sont pas toutes débiles coconnes..."

- SOS Misandrie

Sur son site Internet, l’association propose aux victimes une liste de partenaires, dont SOS -Misandrie. Ce groupe, sous couvert de défendre la cause des hommes battus, déclare lutter « contre le sexisme anti-hommes omniprésent dans notre société ». Son objectif : démontrer que le « néo-féminisme extrémiste est un mouvement haineux et -discriminatoire basé sur des clichés sexistes et misandres ».

En 2014, en écho à la campagne takebackthemetro contre le harcèlement dans les transports en commun, SOS Misandrie dénonce dans un communiqué sur sa page Facebook Halte au sexisme, l’affiche « caricaturale » conçue par l’association Osez le féminisme, sur laquelle on verrait « un méchant gros monsieur qui gêne dans sa posture une gentille pauvre femme ». Et d’ironiser, en conclusion, sur « Les femmes [qui] ne sont pas toutes débiles, coconnes. Depuis le milieu du xxe siècle, il leur a même été reconnue la possession d’un cerveau et d’une bouche. »

 
 

En garde à vue

 
 

Le président de Stop hommes -battus, Pascal Combe, affirme se battre pour les droits des hommes maltraités sans avoir aucun ressentiment envers les femmes. Pourtant, son numéro de téléphone figure sur le site de SOS Misandrie. Interrogé sur son lien avec cette organisation, Pascal Combe se rebiffe : « J’ai le droit de donner mon numéro ! » Assis sur son canapé gris trois places, il explique avoir créé son association il y a sept ans, même si elle est enregistrée en préfecture que depuis moins d’un an. De grande taille, corpulent et imposant, l’homme de 63 ans s’exprime d’une voix monocorde  « J’ai fondé l’association parce que j’ai moi-même été victime de maltraitance. Nous prenons le temps d’écouter ces hommes. Ils font des démarches auprès des services de police, qui n’aboutissent pas forcément. » Selon lui, il y aurait autant de cas de violences physiques que morales, en incluant les violences sexuelles, administratives ou financières.

 

De la part de son ex-compagne, Pascal Combe affirme avoir tout subi. Les sévices qu’ils se sont infligés leur ont causé de graves blessures et les ont conduits devant les autorités. « J’avais l’artère de l’avant-bras tranché, et elle trois dents cassées. J’ai été mis en garde à vue parce que la France ne reconnaît pas les hommes maltraités. » Pascal Combe déclare qu’on l’a placé en garde à vue à deux reprises pour les mêmes faits de violences conjugales. « J’étais en état de légitime défense », soutient-il. Mais il n’a jamais réfuté ces accusations.

 
 

Des propos délirants

 



Pascal Combe, président de l'association Stop hommes battus à son domicile
 

Pour faire valoir les droits des hommes victimes de violences conjugales, Pascal Combe propose une méthode radicale : « Il faut attaquer l’Élysée et arrêter le président de la République. » Il estime en effet qu’il n’y a rien à attendre des autorités. « Au Haut Conseil à l’égalité (HCE) entre les femmes et les hommes, il y a des femmes mais pas d’hommes. », dit- il. Or, d’après le HCE, créé en janvier 2013, 27 hommes et 30 femmes ont siégés entre 2013 et 2015, 57 femmes et 33 hommes entre 2015 et 2019, 29 femmes et 20 hommes entre 2019 et 2021.

Ces injonctions à renverser le gouvernement, Pascal Combe les diffuse presque quotidiennement par SMS aux bénévoles ainsi qu’à toutes les personnes qui s’intéressent à l’association. Nous en avons nous-mêmes reçu 53 entre le 27 janvier et le 9 février 2021. Voici un exemple, envoyé le 4 février : « Nous maintenons notre appel à renverser le Président les armes à la main si nécessaire. »

 

Des dispositifs existent-ils pour les hommes victimes de violences ?

D’après les chiffres officiels de la Fédération nationale solidarité
femmes (FNSF), qui héberge -des associations d’accompagnement pour les femmes battues, 96 000 appels ont été comptabilisés en 2019 via le 3919, dont 3 % passés par des hommes, soit 8 appels par jour. « Les hommes victimes qui nous contactent sont pris en charge au même titre que les femmes, répond Françoise Brié, présidente de la FNSF. Le 3919 a beau s’appeler ”ligne d’écoute pour les femmes victimes de violences conjugales, les hommes aussi peuvent appeler. Ils peuvent également être accueillis par des structures d’hébergement d’urgence. »

 
 
 
 

Déposer une plainte reste une démarche difficile, surtout quand les violences ne sont pas physiques. Jean-Michel, qui déclare avoir été victime de harcèlement moral pendant un an, en a fait l’expérience. « Elle m’interdisait d’ouvrir le courrier commun. Elle me traitait de sale juif. Je n’avais ni le droit d’avoir mon fils au téléphone ni de sortir. Une fois, elle m’a séquestré pendant deux jours, » se souvient le vieil homme. En 2015, après son divorce, il décide d’alerter les autorités sur les sévices subis. « Je suis allé à la gendarmerie du Tarn déposer plainte pour violences conjugales, mais le gendarme m’a demandé pourquoi je ne m’étais pas défendu et m’a dit qu’une plainte n’était pas utile. »

 
 
Jean-Michel 69 ans, victime de harcèlement moral par son ex-femme
 
 

Des policiers et gendarmes mal formés

 

« Le cours dure un ou deux jours pas plus et nous n’abordons jamais les violences faites aux hommes »

- Nicolas, policier aux affaires familiales

 

Comme Jean-Michel, Raoul (le prénom a été changé), 69 ans, ancien chef d’entreprise, explique avoir été victime de maltraitance psychologique. « Elle m’a isolé de mes deux enfants, issus d’un premier mariage. Elle faisait des crises d’hystérie, racontait à tout le monde que j’étais déséquilibré. Je ne voyais plus personne,» se remémore t-il.  En mai 2020, à Bordeaux, il tente de signaler les faits. Le gendarme lui répond : « Saisissez le procureur de la République, il ouvrira une enquête. Moi, je ne prendrai pas votre plainte. » Depuis, grâce à l’aide d’un membre de sa famille, Raoul est parvenu à se séparer de sa femme.

 

Selon Nicolas, policier affecté au service des affaires familiales d’un commissariat parisien depuis cinq ans, la formation sur la maltraitance conjugale est incomplète en école de police. « Le cours dure un jour ou deux, au plus. Nous n’abordons jamais les violences faites aux hommes. » Depuis son arrivée dans le service, il raconte n’avoir traité que trois affaires de violences commises sur des hommes. Il se souvient d’un cas qui l’a marqué. « Il s’agissait d’un père de famille qui se faisait frapper par sa femme. Il s’était présenté un soir avec des ecchymoses sur le visage et des morsures sur les avant-bras. Ce qui m’avait touché, c’était de l’entendre dire qu’il avait honte. » Dans les deux autres affaires, il s’agissait, comme pour Jean-Michel et Raoul, de violences psychologiques.

 
 

Dans l'impasse

 
 

Établir la preuve d’un harcèlement moral est toujours délicat, et certaines personnes venues porter plainte finissent par déposer une main courante, soit un simple signalement. Après quatre ans de galère auprès des services de gendarmerie, Jean-Michel a réussi à faire enregistrer sa plainte. Aujourd’hui, une procédure pour violences conjugales est en cours au tribunal correctionnel de Strasbourg. Quant à Raoul, il est toujours dans l’impasse.

« Accéder au statut de victime n’est pas une mince affaire quand on est un homme », analyse Daniel Welzer-Lang, sociologue spécialiste de l’identité masculine. « Le machisme ordinaire et la domination masculine enjoignent aux hommes d’être virils. Ceux qui sont victimes de violences doivent se taire ou ils risquent d’être traités de femmelette ou d’homosexuel. »

Seuls les hommes violents envers leurs compagnes ou leurs familles disposent d’une ligne d’écoute officielle. Il s’agit d’un outil de prévention et d’information mis en service par le gouvernement pendant le premier confinement, en avril 2020. Les hommes maltraités, eux, ne disposent pas de structures spécifiques. Ils ont pour seuls interlocuteurs des groupes comme Stop hommes battus ou SOS Misandrie, qui ne sont pas près de raccrocher les gants.

 

 

 

 

 

 



05/06/2021
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