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Confinement : une ligne d’écoute téléphonique ouverte pour les hommes violents

 

https://www.leparisien.fr/faits-divers/confinement-une-ligne-d-ecoute-telephonique-ouverte-pour-les-hommes-violents-18-04-2020-8301732.php
 
Confinement : une ligne d’écoute téléphonique ouverte pour les hommes violents
 
Une fédération d’associations prenant en charge les auteurs de violences conjugales a lancé, en plein confinement, un numéro d’écoute téléphonique à l’encontre des hommes violents. Le but de cette ligne : faire un travail de prévention, pour éviter le pire.
 
Cette ligne d’écoute espère aider ces hommes avant qu’ils ne passent à l’acte. (Illustration) Getty Images
Par Louise Colcombet
Le 18 avril 2020 à 08h45, modifié le 18 avril 2020 à 09h18
 
« S'il y a des femmes victimes, c'est parce qu'il y a des auteurs de violences… Ces hommes-là, il faut aussi les entendre », milite Alain Legrand, psychologue et président de la Fnacav, une fédération d'associations prenant en charge les auteurs de violences conjugales. En gestation depuis des années, l'idée d'un numéro d'écoute dédié aux hommes violents, sorte de pendant au 3919, a enfin vu le jour, en plein confinement.
 
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« Il y a un énorme travail de prévention à faire avec eux, qu'il soient sur le point de passer à l'acte ou qu'ils aient déjà franchi la ligne rouge, pour éviter toute répétition et aggravation », témoigne ce militant, investi depuis plus de trente ans sur ces questions.
Encore peu médiatisée, la ligne, le 08 019 019 11, active de 9 heures à 19 heures tous les jours, gratuite et anonyme, a déjà reçu une soixantaine d'appels en une semaine de fonctionnement. Comme au 3919, les coups de fil témoignent d'une tension extrême liée au confinement.
 
«Il ne s'agit ni de les déresponsabiliser ni de les excuser»
« Les vrais pervers, ceux qui sont dans le registre de la domination et du sadisme n'appellent pas. Mais il y a tous les autres ! Ceux qui sont au bord du gouffre et nous disent J'ai du mal à me contrôler, je deviens insupportable, elle ne m'aime plus, je souffre… il faut les aider. Il ne s'agit ni de les déresponsabiliser ni de les excuser, mais les faire s'interroger sur leur relation, leur faire comprendre qu'il n'y a pas d'autre issue que la séparation. Les faire sortir, aussi, de leur positionnement de victime. Bien souvent, le rejet les renvoie à des carences affectives et des angoisses d'abandon liées à l'enfance dont ils n'ont pas conscience. »
 
Certains appels proviennent aussi d'hommes condamnés par la justice à quitter le domicile conjugal, dont le désespoir peut les conduire à des gestes suicidaires… « ou se retourner en idée homicidaire », prévient Alain Legrand, qui lutte aussi contre une certaine forme de banalisation, voire de revendication des violences.
 
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« C'est le classique Une baffe, ça n'a jamais fait de mal à personne, héritage des violences éducatives. La clé, c'est souvent de leur parler de la possibilité de l'accident : un tympan percé à cause d'une gifle, une fracture du coccyx après une chute… » La remise en cause n'est pourtant pas l'apanage de tous, poursuit Alain Legrand, loin de verser dans l'angélisme : « Pour certains, il n'y a malheureusement que la prison comme solution. »
 
 
Violences conjugales et confinement : au 3919, «on ressent une angoisse immédiate»
 
Depuis le début du confinement, le 3919, le numéro dédié aux femmes victimes de violences conjugales, enregistre une hausse de près de 20%. Une écoutante raconte ces appels souvent écourtés par le retour du conjoint.
 
Depuis le début du confinement, de plus en de voisins appellent le 3919, mais aussi des proches de femmes victimes de violences conjugales.
 
Denis ALLARD/REA
Par Louise Colcombet
Le 18 avril 2020 à 08h38
 
« Malheureusement, on ne peut pas répondre à tout le monde... », soupire Sophie (le prénom a été changé, à la demande de l'intéressée). Chaque jour, cette écoutante au 3919 constate ce que beaucoup redoutaient : le numéro national d'écoute dédié aux victimes de violences conjugales peine à absorber la recrudescence d'appels, près de 20% depuis le début du confinement. « C'est du non-stop. Et on entend régulièrement le bip bip du double appel, en espérant qu'un collègue pourra le prendre... » décrit Sophie, enjoignant les personnes mises en attente à ne pas se décourager.
 
« Mais pour les urgences absolues, précise-t-elle, le mot d'ordre reste de composer le 17. »
 
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Ainsi des voisins, plus nombreux à alerter qu'à l'accoutumée. « On leur rappelle qu'ils peuvent contacter les forces de l'ordre anonymement, que c'est l'unique moyen d'action à leur niveau. On compte aussi plus de coups de fil de proches, inquiets pour leur fille, leur sœur, leur nièce. De femmes aussi, bien sûr, dont certaines n'auraient peut-être jamais pensé devoir composer le 3919.
 
«C'est comme si elles découvraient leur partenaire à la faveur du confinement, décrit Sophie. Soit parce que celui-ci est devenu violent physiquement, sans signe avant-coureur, soit parce qu'elles réalisent maintenant qu'elles sont victimes. Quand les insultes et le dénigrement s'enchaînent toute la journée, sans l'échappatoire du travail pour souffler, la vérité s'impose à elles d'un seul coup. »
«La plupart des femmes qui nous contactent veulent des solutions de départ»
 
Plus nombreux, les appels témoignent aussi d'une « montée en tension générale », alimentée par le chômage partiel subi, les angoisses et les addictions des agresseurs. «Des limites sont franchies : des violences qui étaient sporadiques deviennent quotidiennes, ou bien se déroulent devant les enfants, ce qui n'arrivait pas avant. La plupart des femmes qui nous contactent sont en panique, elles veulent des solutions de départ, maintenant », poursuit Sophie, dont une grosse partie du travail, au-delà de l'écoute, est de dispenser des conseils pratiques, juridiques, de faire le lien avec les associations de terrain et de déconstruire le discours des agresseurs.
 
« Oui, elles ont le droit de partir malgré le confinement ; non l'abandon de domicile conjugal n'existe pas et ne les privera ni de leurs biens ni de la garde de leurs enfants par la suite », énumère Sophie.
 
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De manière inquiétante, certains hommes violents ont d'ailleurs parfaitement intégré les nouveaux dispositifs mis en place pour aider les femmes victimes, en pharmacie (dispositif qui a permis l'interpellation de quatre hommes depuis sa mise en place) ou à l'entrée des centres commerciaux.
 
«Deux pharmaciennes m'ont contactée, c'est super qu'elles jouent le jeu. Mais l'effet pervers, c'est que certaines femmes sont désormais séquestrées, s'alarme Sophie. L'une d'elles m'a confié que son mari, après avoir vu à la télévision qu'elle pouvait le dénoncer à la pharmacie, lui interdisait de sortir et l'avait menacée. Elle était terrorisée et a raccroché dès qu'elle l'a entendu rentrer... »
«Elles appellent en chuchotant dans la pièce d'à côté, dès qu'il part descendre fumer une cigarette»
 
Joindre le 3919 est de surcroît devenu quasi-impossible pour certaines, en raison de la promiscuité permanente avec leur bourreau. «Elles appellent en chuchotant dans la pièce d'à côté, dès qu'il part descendre fumer une cigarette, ou pendant qu'elles s'isolent pour le télé-travail », raconte encore l'écoutante, qui ne compte plus les appels écourtés par peur des représailles et conseille régulièrement d'autres moyens d'alerte, comme le 114, destiné à l'origine aux personnes sourdes.
 
 
Paris : la flambée de violences conjugales inquiète les élus, les associations et la police
 
La ville de Paris veut monter en puissance pour trouver plus de logements et mettre à l’abri les victimes, de plus en plus nombreuses, de violences conjugales.
 
Ce studio à l’adresse secrète accueille des victimes de violences conjugales . LP/Céline Carez
Par Céline Carez
Le 3 avril 2020 à 20h20
 
Une femme cognée, jetée à terre, la tête fracassée par son compagnon jeudi soir ; une autre, la veille, frappée et forcée à faire une fellation à son mari ivre, rue Ordener (XVIIIe) ; une autre boulevard MacDonald (XIXe), rouée de coups parce que son conjoint « se plaignait de la qualité des tâches ménagères », précise une source policière ; et encore une, morte poignardée par un compagnon d'infortune, ivre. Auteurs de ce sinistre palmarès des dernières 48 heures, plusieurs hommes sont en garde à vue.
 
« On est monté d'un cran »
 
Ce vendredi, au 18e jour de confinement pour contenir la propagation du coronavirus, la séquence de violences conjugales et d'interpellations encore en hausse inquiète. Ces situations tragiques pour les victimes démunies et isolées par le confinement sont aussi difficiles pour les policiers qui sont sur le terrain, pour la ville de Paris, le Parquet, les associations, le ministère de l'Intérieur qui tentent de mettre en place des dispositifs pour endiguer le fléau.
 
« On est monté d'un cran », s'inquiète Cédric Bienfait, 40 ans, l'un des dix intervenants sociaux, en poste au commissariat de police du XVe arrondissement, rattaché à la DPSP (Direction de la prévention, de la sécurité et de la protection), la future police municipale d'Anne Hidalgo. « Les violences conjugales sont décuplées par trois facteurs : la promiscuité 24h/24, l'alcool et les stupéfiants ». Cédric Bienfait ne mâche pas ses mots : « Il y a des femmes qui se sentent en danger de mort, qui se disent Cette fois-ci je vais y passer ! On redoute un pic de féminicides ».
 
Une augmentation de 36% en une semaine
 
« Les mesures de confinement pour endiguer l'épidémie de Covid-19 ont eu pour conséquence une augmentation de 36 % de violences conjugales en une seule semaine sur Paris et la petite couronne », martèle Hélène Bidard, adjointe (PCF) chargée de l'égalité femmes-hommes de la maire de Paris Anne Hidalgo. En France, « habituellement », tous les deux jours et demi, une femme meurt sous les coups de son conjoint. Il y a eu 149 féminicides en 2019. A Paris et en petite couronne, 950 gardes à vue de conjoints violents.
 
Aux premières heures, ce vendredi, les policiers du commissariat du Xe sont intervenus rue du Faubourg-Saint-Denis. Quand ils sont arrivés, le conjoint, qui se tenait piteusement en bas de l'immeuble, leur a expliqué « avoir eu une légère dispute » parce que « le confinement les rend à cran ». Quand les policiers sont entrés dans l'appartement, sa compagne était en pleurs, le visage tuméfié.
Cédric Bienfait, lui, accueille les victimes redirigées par les policiers. Il tente de leur trouver des solutions d'hébergement, de soutien, les aide à porter plainte, à se débrouiller dans les méandres administratifs.
 
« Les victimes n'osent pas appeler »
 
Aujourd'hui, le travailleur social est en télétravail. « Les policiers du commissariat donnent nos numéros de téléphone aux victimes ».
« Le problème, poursuit Cédric Bienfait, c'est que les victimes n'osent pas appeler de chez elle avec leur conjoint à côté. Elles sont persuadées qu'elles n'ont pas le droit de sortir alors que les cas de violences conjugales sont une des raisons légitimes. Celles qui nous appellent au secours sont celles qui prétextent aller faire des courses ».
 
« Mardi, des policiers sont intervenus sur un homme qui avait tabassé sa femme devant ses enfants et l'avait menacée d'un couteau sous la gorge. L'un des policiers lui a dit Il faut partir madame ! et lui fait une attestation pour circuler. Elle a pris ses enfants sous le bras et est partie en province se mettre à l'abri chez des proches ».
Dix logements trouvés par la Ville
 
Du côté de la ville, on se démène. Hélène Bidard pilote plusieurs dispositifs dont un qui a eu du mal à démarrer. Dix appartements HLM, dont l'adresse est tenue secrète, ont été dégagés pour accueillir des femmes avec enfants dans des situations d'urgence. Seul hic? Difficile de trouver des bénévoles et des associatifs pour être sur le terrain en plein coronavirus.


13/09/2020
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